Tous nos petits gestes quotidiens pour l’environnement comptent-ils vraiment ou ils ne font qu’apaiser notre conscience et nous délester d’une pénible culpabilité qui mine notre santé mentale, si importante à notre bien-être.
« Ah que je suis un bon citoyen vert », que je me dis en regardant le voisin arroser son entrée de garage pour faire pousser son asphalte ! Bien que je recycle, que je composte, que je conduise une voiture électrique, que je donne avant de jeter, que je sensibilise, que je mange moins rouge, plus vert, que je tourne le dos à l’eau embouteillée, que ma blonde jardine, que je consomme plus local, je suis conscient que mes actions ne représentent que du bruit de fond face à l’ampleur du défi. Quand bien même Samantha, la sorcière bien-aimée, bougerait son nez pour régler l’épineux problème des changements climatiques, on ne ferait que retarder l’inévitable : l’effondrement de la biodiversité. Le pelletage par en avant ne fait pas partie des options gagnantes. Ça me semble une évidence, tout comme l’élimination du Canadien dans les séries. L’exploitation sans limite des ressources n’a pas d’avenir. La croissance infinie, c’est impossible sur une planète finie. Et nous le savons tous, sauf peut-être les adeptes de la Terre plate !
L’économie durable ne restera qu’un concept tant qu’il y aura assez de pauvres pour répondre aux besoins matériels des riches que nous sommes. Le capitalisme fonctionne sur cette inégalité. La mondialisation de nos échanges exploite, à outrance, ce déséquilibre entre riches et pauvres. L’objectif général poursuivi par nombre de pays est d’accroître sa richesse et favoriser une redistribution « équitable » afin de hausser le niveau de vie de ses habitants. C’est ce qu’on appelle la croissance économique … Dans cette vision tunnel, on ne considère pas ce qui se passe en périphérie : augmentation de la pollution, épuisement des ressources, tensions géopolitiques, crises humanitaires, catastrophes naturelles, extinction massive et disparition des habitats. « Merde, ces effets secondaires indésirables ne veulent plus sortir de mon champ de vision, peu importe où je porte mon regard », comme nos mouches noires, dans le nord du Québec, impossible à esquiver !
Nos choix personnels priment sur ceux de la communauté depuis toujours. « Je vous interdis de toucher à mes acquis, j’ai tellement travaillé pour acheter toutes ces bébelles. Par contre, vous pourriez serrer la vis de mon voisin, lui, il exagère ». Ne pensons pas que c’était mieux dans le bon vieux temps; nos ancêtres ne vivaient pas plus en harmonie avec Mère Nature que nous. C’est une question de nombre pas de valeurs. Notre sens de la déresponsabilité vient de très loin, il doit être inné, aussi naturel que Lafleur devant le net. Tant que nous verrons l’autre comme une menace ou un concurrent et tant que nous verrons la nature vivante et inerte comme un réservoir de $, nous resterons sur la voie d’évitement. « Maximisons les profits, nos actionnaires seront heureux », que doit dire le maître de la techno, Elon Musk, à ses disciples. Les solutions technologiques, si attrayantes soient-elles, ne sont que des leurres qui masquent le coeur du problème. Sérieusement, la solution réside dans notre rapport aux vivants, qu’il faut changer profondément pour soutenir le progrès de l’humanité. Le progrès, pas la croissance économique. L’inertie d’une population de 8 milliards d’habitants est tellement grande que je me demande comment la faire changer de cap sans lui infliger une crise majeure globale. Est-ce que la crise climatique actuelle deviendra si dramatique qu’elle nous aiguillera sur la bonne voie, contre notre volonté ?